Agence Voyageurs du Monde à Paris ( AFP / JEAN-PIERRE MULLER )
Voyageurs du Monde "reste français", assure son PDG et cofondateur Jean-François Rial, alors que le groupe a annoncé cette semaine une offre publique d'achat (OPA) destinée à le retirer de la Bourse de Paris.
Lundi le groupe, formé dans les années 1990 à partir du rachat de la société Voyageurs du Monde par deux amis, Alain Capestan et Jean-François Rial, rejoints par la suite par Lionel Habasque, Frédéric Moulin et Loïc Minvielle, a annoncé une opération majeure. Pour le PDG, il s'agit notamment d'organiser "une transmission progressive pour le groupe. Vu nos âges, ce serait criminel de ne pas le faire", dit-il dans un entretien à l'AFP mercredi.
La holding Avantage, détenue par les fondateurs et plusieurs investisseurs institutionnels, fera passer sa participation d'environ 62% à plus de 86% du capital et lancera une OPA en parallèle, qui valorise la société environ 810 millions d'euros. La réorganisation de l'actionnariat doit donner à terme près de 52% du capital au fonds américain Certares, entré dans Voyageurs du Monde en 2021.
A l'issue de l'opération, Certares aura 49% des droits de vote du spécialiste du voyage sur mesure qui, outre la marque Voyageurs du Monde, détient aussi Comptoir des Voyages, Terres d'Aventure, Nomade Aventure ou encore Allibert Trekking.
"En capital, Certares sera majoritaire. Mais en droits de vote, ils sont minoritaires. Ils l'ont accepté très facilement dans une négociation par ailleurs complexe car ils ont confiance en nous", souligne Jean-François Rial.
"Ce qu'il faut, c'est trouver des investisseurs ou des partenaires qui respectent l'entreprise", ajoute-t-il, vantant les qualités du fonds américain.
"Entre Crédit Mutuel, BpiFrance, BNP Paribas... et nous, les fondateurs, la société reste à 50% sous capitaux français", ajoute le patron, qui indique rester à son poste de président du conseil d'administration pour au moins cinq ans. Les fondateurs garderont environ 7% du capital et 8% des droits de vote, contre environ 23% du capital et 61% des droits de vote précédemment.
ADN et savoir-faire
L'annonce arrive alors que le groupe se renforce à l'international, affichant une volonté claire de se développer sur de nouveaux marchés. L'an dernier, il avait réalisé un bénéfice net de 48,4 millions d'euros, en hausse de 2% sur un an.
Les grandes entreprises françaises du tourisme attirent décidément les fonds étrangers. Club Med avait été racheté en 2015 par le conglomérat chinois Fosun, qui l'avait sorti de la Bourse de Paris. Selon des médias, le groupe envisage d'introduire prochainement Club Med à la Bourse de Hong Kong.
Fin juin, Pierre & Vacances-Center Parcs (PVCP) a, lui, reçu une offre ferme de rachat de la part de la société d'investissement émiratie Mubadala Capital, offre soutenue par le conseil d'administration de PVCP et ses trois principaux actionnaires.
Pour Didier Arino, directeur général de la société de conseil Protourisme interrogé par l'AFP, ce mouvement de fond est "inquiétant". Selon lui, "des entreprises touristiques avec un savoir-faire, une image de marque, qui passent dans des mains étrangères".
"Je ne dis pas qu'ils (les fonds, NDLR) ne gèrent pas bien, mais cela signifie que le centre de décision se déplace", regrette l'expert, qui critique un manque de "vision stratégique" des pouvoirs publics français "sur ce que doit être le développement du tourisme dans notre pays".
"Je ne crois pas que ce soit la nationalité des investisseurs qui compte", estime de son côté Jean-François Rial. "Vous pouvez tout à fait avoir un investisseur français qui met la main sur Voyageurs du Monde et qui dénature son ADN", fait-il ainsi valoir. "Dans une entreprise comme Voyageurs du Monde, à l'ADN si subtil, il faut particulièrement y faire attention."
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